Jeremy Ten interprète Hallelujah sur la glace pour une dernière saison empreinte de puissance et d’émotions

Durant les prochains mois, lorsque Jeremy Ten concourra pour sa dernière saison de compétition, chaque souffle qu’il respirera sera un alléluia

La musique est importante pour Jeremy. Et, son choix musical pour le programme long de cette saison est épique; c’est la musique déchirante de la chanson Hallelujah de Leonard Cohen, qui vous donne des frissons.

Sa dernière saison est issue d’une difficile décision. Après avoir remporté deux médailles de bronze à l’échelon international et presque participé aux Jeux olympiques, Jeremy a dû réfléchir très attentivement à son avenir. Il a raté les Jeux olympiques de Vancouver parce qu’il a dû cesser de patiner pendant plusieurs mois en raison d’un problème d’impaction osseuse. Ensuite, il a subi une fracture spiroïde de son tibia gauche lors d’une chute insolite. Il a rassemblé ses forces l’an dernier, en vue de Sotchi, et a connu une série de réussites, avec sa première médaille internationale (médaille de bronze au Trophée Nebelhorn), deux programmes courts sans faute sur de la glace internationale et quelques records personnels. Il lui a fallu deux ans pour se rendre à ce moment grisant. Mais, il a terminé sixième aux Championnats canadiens et raté le pèlerinage en Russie. Que devait faire ce patineur de 25 ans?

Une réunion tenue, l’été dernier, avec Ted Barton, chef de la section de la Colombie‑Britannique et du Yukon de Patinage Canada, avant que Jeremy ne recommence à s’entraîner, a été décisive. « Quand tu te tournes vers l’avenir, est-ce que tu crois que de patiner encore une fois devant un auditoire canadien, aux championnats nationaux, en vaut la peine – ressentir l’adrénaline, avoir ce sentiment, savoir qu’alors que tu vieillis, ceci ne se reproduira plus? », lui a demandé Ted.

Ce fut suffisant pour convaincre Jeremy qu’il sentait que ça en valait la peine, qu’il voulait une dernière performance. Peu importe s’il n’aura pas une excellente performance aux Championnats nationaux de patinage Canadian Tire, en janvier prochain, à Kingston, en Ontario. Tout ce qui compte, affirme Jeremy, c’est de profiter du moment. « Tous les championnats nationaux jusqu’à maintenant ont toujours eu pour but de se rendre aux Jeux olympiques ou aux Championnats du monde et créé la pression d’être au nombre des trois meilleurs au Canada », a signalé Jeremy. « Mais, pour moi, cette fois, je vais simplement y participer et en profiter. »

On a demandé à Jeremy ce qui se passerait s’il remportait les championnats nationaux cette année et pourrait concourir aux Championnats du monde? Que ferait-il? Jeremy a répondu que rien ne changerait. Il s’agit bel et bien de sa dernière saison.

Son objectif cette saison, dit-il, n’est pas un classement, mais de faire de son mieux, pour lui‑même. Ce ne sera pas un timide chant du cygne. Il veut réussir un quadruple saut. Il ne l’a jamais fait auparavant, mais il a dit en plaisantant : « Même les vieux singes peuvent apprendre de nouvelles grimaces ». L’été dernier, il a réussi un quadruple saut après l’autre. Une fois – et c’est même enregistré sur vidéo – il a réussi un quadruple saut de boucle piquée – triple boucle piquée. « On a l’impression que c’est tellement un grand saut », dit-il. Il ne se préoccupe plus du risque de blessure. Il croit que le saut semble naturel – plus encore que le triple Axel, qu’il a exécuté pendant des années. Il a commencé à les réussir trois jours après avoir commencé à y travailler cet été.

Jeremy est retourné tard à l’entraînement. Il utilise la musique de son programme court de la saison dernière : Dance With Me Wallis, un morceau de musique mélancolique d’Abel Zorzeniowski. C’est une musique calmante pour Jeremy, qui a chorégraphié lui-même une partie du programme.

Le choix du programme long était terriblement important, sa note finale au monde entier. Son entraîneure, Joanne McLeod, a recommandé la version de K.D. Lang de Hallelujah. Qui ne se souvient pas de K.D. Lang vêtue de son costume blanc, chantant la chanson à la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Vancouver? Jeremy n’était pas sur place, mais il l’a vue. Et, il a ressenti l’immensité de la musique. Tout d’abord, il ne voulait pas l’utiliser. « J’ai pensé, oh mon Dieu, c’est un morceau si emblématique qui rejoint tant de gens, tout particulièrement au Canada », a soutenu Jeremy. « J’y ai réfléchi pendant un certain temps et j’ai pensé qu’il n’y avait pas moyen que je puisse réussir à le faire. C’était énorme. »

Un ami a changé son point de vue. « Penses-y de cette façon », lui a dit son ami. « Titanic est un morceau emblématique. Carmen est un morceau emblématique. Pourquoi pas Hallelujah? »

Il a donc choisi Hallelujah. Chose certaine, personne n’avait jamais patiné au son de cette musique, tout particulièrement une version vocale, ce qui est nouveau cette année.

Mais Jeremy Ten étant Jeremy Ten, il a fait une recherche sur la musique qu’il utiliserait. Un jour, en juillet, il a gazouillé une question : quelle est votre version préférée de la chanson de Cohen? À la fin de la journée, les trois premiers choix étaient K.D. Lang, feu Jeff Buckley et Jason Castro, un concurrent charmant, coiffé en dreadlocks, à l’émission American Idol.

Jeremy a trouvé la magnifique version de Buckley et savait que c’était celle qu’il cherchait. L’interprétation de Buckley était plus introspective et plus douce que celle de K.D. Lang. Après tout, on a dit qu’il était un des meilleurs chanteurs de sa génération : « une goutte pure dans un océan de bruit », aurait dit Bono.

Pour commencer, la version de Buckley débute par une respiration ou un soupir. Magnifique. Puis, elle passe à un arrangement instrumental que Jeremy utilise pour exécuter son triple Axel et son quadruple saut sans distraction. Viennent ensuite les paroles (quand K.D. Lang a été présentée sur scène lors des Jeux olympiques, le maître de cérémonie a dit que c’était un chant de paix, mais ce ne l’est pas du tout). La version instrumentale recommence au moment du jeu de pieds de Jeremy, puis le morceau se termine par deux beaux et puissants alléluias. Ce sera un programme mémorable et c’est une habile utilisation de musique instrumentale et vocale.

« C’est vraiment quelque chose », affirme Jeremy.

Dans la patinoire, Jeremy rendra l’essence de Jeff Buckley, dont la voix est empreinte de mélancolie. Il était le fils du célèbre chanteur de folk américain Tim Buckley, qui s’est séparé de la mère de Jeff très tôt : il est mort d’une surdose à l’âge de 28 ans, quelques mois après avoir rencontré son fils de 7 ans. Jeff et sa mère n’ont pas été invités aux funérailles. Jeff Buckley n’a sorti qu’un album et en préparait un autre quand il s’est noyé à l’âge de 31 ans, en 1997.

Cette saison, Jeremy présentera ce bijou en octobre, aux Internationaux classiques d’automne 2014, à Barrie, en Ontario, et à la Coupe de Russie. L’obtention de cette affectation au Grand Prix était aussi épique. « Ce fut un choc », a avoué Jeremy.

Jeremy visitait ses amis Asher Hill et Kharis Ralph et le trio se promenait sur une rue de Toronto, lorsque Jeremy a été alerté par un gazouillis : « Félicitations pour ton affectation à la Coupe de Russie ». Jeremy s’est arrêté net alors que ses amis continuaient à marcher. « Je vais à la Coupe de Russie! », s’est écrié Jeremy. Les trois amis se sont mis à crier dans la rue. « J’ai ressenti que tout le dur travail que j’avais fait la saison dernière avait vraiment porté ses fruits cette saison », dit-il. « Le fait que j’ai obtenu une affectation au Grand Prix de mon propre chef, sans avoir à concourir aux Internationaux Patinage Canada, a été un sentiment agréable. »

J’ai l’impression que c’est ce que je dois faire, a conclu Jeremy à propos de son parcours de dernière saison. « Je crois que mon moment est arrivé », a-t-il affirmé. « J’ai simplement pris plaisir à patiner, que mon patinage soit bon ou mauvais. Je suis simplement là sur la glace et j’adore patiner. »

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