La légendaire famille Burka puise sa force dans le patinage

Une décision prise sous l’impulsion du moment, sous peine de catastrophe et de tragédie, a fait toute la différence pour Ellen Burka.

D’origine hollandaise et très silencieusement juive, elle avait été emmenée dans un camp de concentration où on lui a demandé d’inscrire son métier. Elle aurait pu écrire « étudiante », mais elle a griffonné « championne de patinage artistique des Pays-Bas ».

Ces mots lui ont sauvé la vie.

« Le commandant allemand du camp était mordu de patinage artistique », a affirmé Ellen, mardi, à Toronto, où on célébrait son intronisation au Jewish International Sports Hall of Fame, conjointement avec sa fille Petra Burka, championne du monde de patinage artistique. « Il adorait le patinage artistique », a-t-elle ajouté. Pour cette raison, Ellen a bénéficié de privilèges qui n’étaient pas offerts aux autres. On lui permettait de travailler à la ferme et de faire un peu d’entretien ménager. Un jour, toutes les femmes de son camp, sauf Ellen, ont été envoyées au camp d’extermination d’Auschwitz.

Ellen a survécu à deux camps de concentration. À présent âgée de 92 ans, jouant toujours un rôle de premier plan et trop menue pour être vue derrière un podium, Ellen a grimpé sur un petit banc pour faire face à une foule composée de personnalités du patinage artistique et déclaré avec enthousiasme, comme si elle dirigeait son Theatre on Ice : « Ceci est tout à fait stupéfiant pour moi. Je ne m’y attendais pas. Je ne l’ai appris qu’il y a six semaines. »

En fait, Ellen a été intronisée au Jewish Sports Hall of Fame en 2010, mais étant donné que la cérémonie avait lieu en Israël, beaucoup trop loin, elle n’y a pas assisté. Petra, la championne du monde de 1965 et la première femme à réussir un triple saut, a été intronisée en 2012.

« Je n’ai aucune idée pourquoi j’ai été intronisée », a mentionné Ellen. « J’avais complètement oublié ». Un courriel reçu il y a six semaines a servi de rappel – un avis de convocation à une cérémonie spéciale d’intronisation au Toronto Cricket, Skating and Curling Club, où Ellen avait travaillé pendant si longtemps. Dans les coulisses se trouvait l’entrepreneur et philanthrope de Toronto, Sidney Greenberg, un ancien joueur de basketball qui avait lui-même été intronisé au Temple, il y a de nombreuses années pour avoir fait « une importante contribution à la société par l’intermédiaire du sport ». Sidney a joué un rôle clé dans les programmes offerts à la Maison du Canada, une patinoire d’origine canadienne dans la pauvre ville frontalière de Metula, en Israël, où se réunissent de jeunes Arabes et Juifs grâce au jeu, tout particulièrement le hockey.

Les Burka auraient pu être intronisées plus tôt, mais personne ne semblait connaître leur héritage. Ellen n’avait pas révélé sa judaïté pendant de nombreuses années, n’en informant ni Petra ni sa sœur Astra avant qu’elles n’aient atteint l’âge de 16 ans et 18 ans. En tant que mère seule à Toronto, elle craignait de ne pas pouvoir travailler comme entraîneure de patinage si les gens le savaient. Lorsqu’elle était jeune, aux Pays-Bas, et qu’elle apprenait passionnément à patiner, Ellen a été renvoyée un jour de la patinoire après qu’une enseigne interdise la présence de Juifs. Elle était perplexe. Sa vie est devenue difficile par la suite.

Son histoire est fascinante, a fait observer Sidney Greenberg. Ellen a permis à contrecœur à sa fille Astra de produire Skate to Survive, un documentaire portant sur les 44 premières années de sa vie, en 2008, mais au fil du temps, elle parle de plus en plus de son expérience.

Ellen et Petra sont seulement les sixième et septième athlètes canadiens intronisés au Jewish Sports Hall, après Cecil Hart (hockey), Lew Hayman (football), Fred Oberlander (lutte), Fanny Rosenfeld (athlétisme) et Louis Rubenstein, considéré comme le fondateur du sport moderne de patinage artistique – le type de patinage qui faisait battre le cœur d’Ellen.

Ce Temple compte aussi beaucoup d’autres patineurs artistiques, à part les Burka et Louis Rubenstein : Alain Calmat (France), Sarah Hughes (États-Unis), Lili Kronberger (Hongrie), Emilia Rotter (Hongrie), Laszlo Szollas (Hongrie) et Irina Slutskaia (Russie).

Ellen a vécu et est devenue une force d’innovation, juste assez pour que le sport change pour toujours. Elle était avant-gardiste, rendant courant l’entraînement chaque semaine des mouvements artistiques – Theatre on Ice – qui a attiré des patineurs tels que Toller Cranston, John Curry et Dorothy Hamill, à Toronto, pour travailler. Et sa fille, Petra, a aussi changé le sport, étant la première femme à réussir un triple saut. Sans ne rien savoir, initialement, de la lutte de sa mère ou du sort de ses grands-parents (ils sont décédés dans un camp de concentration), Petra a semblé aussi hériter de la volonté de lutter pour sa survie.

« Ceci est vraiment spécial », a fait remarquer Petra à propos de la cérémonie. « Je ne m’attendais pas à ce genre de réception. Je croyais vraiment que la médaille arriverait par la poste. »

Au contraire. Des personnalités du sport sont arrivées de toutes parts dans l’aire de réception : Donald Jackson, Debi Wilkes, Sandra Bezic, Josée Chouinard, Brian Orser, Maria Jelinek, Frances Dafoe, Tracey Wainman, Tracy Wilson. Le consul général d’Israël, D.J. Schneeweissm, a prononcé les paroles prudentes d’un sage : « Nous ne devrions jamais oublier le passé, mais nous ne devrions jamais permettre qu’il nous limite ».

« Elle était plus qu’une entraîneure de patinage », a soutenu Sandra Bezic, qui a tout d’abord rencontré Ellen, une femme fière et assurée, il y a 50 ans. « L’entraînement avec Madame Ellen n’était pas pour les faibles de nature », a affirmé Sandra. « Elle était dure et s’attendait à ce que ses élèves soient aussi durs. Maintenant, je comprends très bien pourquoi et j’en apprécie la raison.

« À titre d’entraîneure, elle représente une contradiction en soi », soutient Sandra. « Elle était stricte en matière de discipline, mais elle attachait de l’importance à l’esprit libre ». Ellen a éduqué Sandra à propos de la musique, de son inspiration et de ses nuances, suffisamment pour que Sandra devienne l’une des meilleures chorégraphes du sport.

Tracey Wainman estime qu’il est émouvant que sa carrière ait fait une boucle complète avec Ellen, qui l’a entraînée pour devenir médaillée canadienne senior bronze lorsqu’elle n’avait que 12 ans. À présent, Tracey est une entraîneure. « Madame Ellen et moi avons toujours eu une excellente relation », a-t-elle affirmé. « Elle était une personne qui comprenait vraiment ce qui me tracassait en tout temps et pouvait le ressentir. Et, elle réussissait toujours à faire ressortir le meilleur de moi-même. »

Encore, aujourd’hui, si Tracey a une question qui porte sur l’entraînement, elle consulte Ellen. Au printemps, l’intronisée au Temple de la renommée (Temple de la renommée de Patinage Canada, Panthéon des sports canadiens, Ordre du Canada) s’est rendue à la York Region Skating Academy pour jeter un coup d’œil aux patineurs de Tracey. « Ce fut vraiment spécial pour moi », a avoué Tracey.

Et, Tracey transmet ce qu’elle a appris d’Ellen. « Elle était une entraîneure très dure et je me considère aussi une entraîneure dure », a signalé Tracey. Elle n’avait que 10 ans lorsqu’elle a participé au Theatre on Ice d’Ellen, quelque chose que de nombreux clubs ont adopté à présent. L’intention : la chorégraphie ne se limite pas aux pas exécutés. C’est à propos de l’expression de son for intérieur. Voilà le monde selon Ellen, sauvée par sa déclaration de toujours guider la main des patineurs.

Beverley Smith

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