Alaine Chartrand en terrain de connaissance à Kingston

Personne ne semblait plus surpris qu’Alaine Chartrand, ce jour de novembre à Moscou, lorsqu’elle a présenté ses meilleurs atouts au public.

Voilà qu’elle se trouvait en Russie, foyer d’un groupe bien affairé de femmes russes, chacune essayant de surpasser l’autre (la grande majorité d’entre elles ayant réussi des combinaisons triple-triple aux récents Championnats nationaux russes). Et, cette petite Canadienne arborant la feuille d’érable rouge avait remporté le programme court féminin – à seulement son deuxième événement du Grand Prix senior.

« Je suis donc en tête après le programme court à la Coupe Rostelecom? #quoi?! #super », a‑t‑elle gazouillé. Ses débuts au Grand Prix senior se sont produits aux Internationaux Patinage Canada, à Kelowna, en Colombie-Britannique, où elle a terminé septième, certes plus nerveuse qu’un funambule portant des chaussons en lambeaux. De toute évidence, elle a fait face à sa nervosité à Moscou.

Peut-être qu’Alaine a eu un peu d’aide. Le jour de son départ pour la Russie, son arrière-grand-mère est décédée, ce qui a été difficile pour elle, provenant d’une famille aussi unie. Alaine lui a dédié sa performance et a patiné comme une championne.

Ça ne lui a pas fait de tort non plus de se sentir relativement à l’aise à Moscou, d’où est originaire son entraîneur Leonid Birinberg. Leonid est un ami de la mère d’Evgenia Medvedeva, qui vient de remporter la finale du Grand Prix junior et la médaille de bronze au niveau senior, aux Championnats nationaux de son pays. Alaine connaît « un peu » Evgenia.

En Russie, les notes d’Alaine ont fait déborder sa coupe comme jamais auparavant. Bien qu’elle ait toujours été capable d’exécuter des sauts, ses notes de composantes en Russie ont toutes grimpé au-dessus de 7,00 pour la première fois : elle a accumulé une note record (pour elle) de 27,68 points dans le programme court et de 57,72 points dans le programme libre. Tout le travail exécuté cette saison avec le chorégraphe David Wilson et le spécialiste des carres Gary Beacom a porté ses fruits.

Se rendant aux Championnats canadiens à Kingston, en Ontario, Alaine compte un record personnel pour le programme court de 61,18 points et une note totale de 172,00 points à la Coupe Rostelecom. Son record pour le programme libre de 113,05 points provient de son sublime patinage aux Championnats des quatre continents la saison dernière, lorsqu’elle se trouvait seulement en 15e place après le programme court et s’est ralliée pour grimper au cinquième rang dans le programme libre, lui donnant une septième place au classement général.

Est-ce que cette première position dans le programme court en Russie l’a perturbée pour le programme long, dans lequel elle a commis quelques erreurs – mais a néanmoins continué et qui lui a permis de remporter la médaille de bronze? Non, dit Alaine. Ce fut le contraire, car son classement a supprimé la pression de devoir revenir de l’arrière, comme elle a eu à le faire auparavant.

Cette année, ses objectifs sont réalistes : terminer parmi les huit premières aux Internationaux Patinage Canada (déjà fait) (et elle a plus que surpassé cela à Moscou), monter de nouveau sur le podium aux Championnats canadiens de patinage, revivre ou peut-être même surpasser la médaille de bronze gagnée il y a deux ans et prendre part aux Championnats du monde à Shanghai, en mars prochain. L’an dernier, elle a terminé cinquième aux Championnats nationaux.

À l’événement de Kingston, elle se sentira presque comme chez elle puisqu’il a lieu à seulement une heure de route de sa ville natale de Prescott (Ontario). Pour une patineuse qui passe ses journées à voyager dans la province, parfois dans le véhicule de plaisance de ses grands‑parents afin de s’entraîner un peu partout, c’est un voyage facile.

Pour Alaine, cette saison a été une étape importante à bien des égards : sa première année comme concurrente senior sur la scène du Grand Prix, de nouvelles tâches, de nouvelles leçons, une plus grande attention à chaque détail. Alors qu’elle a gardé son programme long sur la musique de Docteur Jivago (appropriée pour sa performance à Moscou), David Wilson l’a actualisé et en a fait un nouveau programme. Et elle placé toutes ses combinaisons de sauts dans la seconde moitié, comme bonnes munitions. Elle a aussi sérieusement commencé à s’entraîner pour le triple Axel. Elle l’exécute tous les jours, dit-elle.

« J’ai toujours voulu être la première personne à faire quelque chose », affirme-t-elle. Elle a été la première femme canadienne à réussir une combinaison de triple Lutz – triple boucle piquée en compétition et également la première aussi à faire un triple Lutz-demi-boucle – triple Salchow. « Ce serait génial d’être la première Canadienne à réussir le triple Axel », soutient Alaine. Elle est restée debout à l’exécution de certains, mais pas pour une rotation complète encore. Elle est excitée à ce sujet. Inutile de dire que ses héros sont ceux qui repoussent les limites du sport : Midori Ito, Mao Asada, Kevin Reynolds, Yuzuru Hanyu et Javier Fernandez.

« Elle a tenté un triple Axel à la compétition Minto Skate cet été, mais a fait une chute. Tout l’été, elle s’est entraînée à l’exécuter comme premier élément de son programme long.

Elle a essayé deux nouveaux programmes courts, mais La Leyenda del Beso de Raul di Blasio – la légende tragique du baiser – l’a emporté avec son air sophistiqué. Il donne une impression de gitane espagnole, dit-elle.

Lorsqu’Alaine patine, elle remplit maintenant plus la patinoire de sa présence. « J’ai certainement travaillé sur tout : sauts, pirouettes, étirements, leçons de poussées-élans, tout », dit-elle. Et elle a travaillé avec une icône canadienne, Gary Beacom. « Juste de belles petites choses à mettre dans mes programmes », dit-elle. « Seulement, en général, pour être unique, parce que Gary Beacom est tout à fait unique. »

Tout d’abord, elle a participé à un séminaire avec Gary, qu’elle a vraiment aimé. Chaque mois, il passe dans la région de Toronto, parfois en moto. Quand il vient, elle suit une leçon d’une heure avec lui. « Nous avons vraiment pensé que son séminaire était étonnant », dit-elle. « C’était formidable d’apprendre des choses uniques, car il semble que tout le monde a la même apparence et c’est génial si on peut faire quelque chose de spécial. »

Les éléments spéciaux? Des entrées et des sorties de pirouettes, de jeux de pieds. « Il fait les choses différemment », dit-elle.

Gary Beacom croit qu’Alaine est très talentueuse. « Elle absorbe les concepts », dit-il. « C’est un plaisir de travailler avec elle. Elle est assez cultivée. Elle exécute d’excellents sauts. Elle fait de bonnes pirouettes et a un bon jeu de pieds. » Il dit qu’il travaille à ses transitions – et quelques moyens créatifs d’entrer et de sortir des pirouettes. « C’est quelque chose qui n’a pas été exploré dans le monde du patinage », dit-il.

Alaine a eu de bons résultats cette saison, alors qu’elle n’était pas sûre si elle participerait même à un événement du Grand Prix. Elle est heureuse de ne pas avoir fait de chute aux Internationaux Patinage Canada mais en réalité, elle a fait plus que cela : elle a obtenu des niveaux quatre pour tous ses éléments. Elle ne fait qu’amorcer ce nouveau chapitre.

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